Citation: Après une retraite de deux ans, Mayhar Monshipour effectue son retour lundi dans son fief de Poitiers. Le Poitevin, qui n'a plus boxé depuis le 18 mars 2006 et la perte de son titre WBA des super-coq, n'a qu'un objectif : retrouver celui qui l'a battu ce soir-là, le Thaïlandais Sithchatchawal pour laver «son honneur» et redevenir champion du monde. Auparavant, il va disputer quatre combats dont le premier lundi soir contre le modeste italien Emiliano Salvini (12 victoires, six défaites, un nul). Malgré l'inactivité, celui que l'on surnommait "le Tyson de poche" espère qu'il sera toujours «un taureau sur le ring». Il revient en détails sur les raisons de son retour et son désir d'entamer une carrière de promoteur.
«Mahyar Monshipour, depuis que vous avez décidé d'effectuer votre retour sur le ring, comment s'est passée la préparation ?
C'était une préparation très longue. On a commencé à mettre les gants début avril et puis on a intensifié les séances d'entraînements à partir de fin juin. J'ai eu trois sparring-partners, Daniel Sassou Kodjo, que je côtoie depuis six ans, et puis deux boxeurs amateurs, qui ont disputé les Jeux Olympiques de Pékin cet été, Daouda Sow et Khedafi Djelkhir. Ils avaient un style différent. Daouda est un boxeur petit, rentre-dedans un peu comme moi, alors que Khedafi est, lui, plus longiligne.
Avez-vous ressenti des difficultés particulières lors de votre remise de gants ?
Non, j'ai retrouvé les sensations et le plaisir tout de suite mais je me suis d'abord entraîné un peu en secret pour voir si j'allais encaisser les coups. J'ai vu que je n'avais toujours pas peur de prendre des coups et mon cerveau est toujours prêt à encaisser. Egalement, si j'avais cligné des yeux à chaque impact, je pense que j'aurais définitivement raccroché. Mais bon, la dernière assurance, je ne l'aurai que dans les premières minutes du combat lundi soir.
« Etre un taureau sur le ring »
Vous n'avez pas boxé depuis deux ans. Ressentez-vous une appréhension ?
Pour vous dire la vérité, je n'ai aucune appréhension. Physiquement, je me sens bien. Comme je vous disais, j'ai vite retrouvé mes sensations à l'entraînement. Mentalement c'est pareil, j'ai confiance en moi. La seule question que je me pose c'est de savoir si je serais toujours un taureau sur le ring... Frapper, donner des coups, être un vrai guerrier, ça, je l'ai en moi. Je ne suis pas un boxeur technique comme Oscar De La Hoya ou Brahim Asloum, mais je sais que je suis un taureau qui avance. Si j'ai toujours cette qualité, là, je pourrais revenir. Dans le cas contraire ce sera plus difficile. Et, là aussi, je le serais dès les premières minutes du combat.
Pendant ces deux ans d'inactivité, avez-vous maintenu une activité sportive ?
Je n'ai eu aucun problème pour retrouver mon poids de forme. La première année, je n'ai rien fait mais la deuxième année, je me suis entretenu, j'ai fait de la course à pied. Lorsque l'on court, on éprouve de bonnes sensations mais il n'y a pas l'adrénaline du ring, le mordant, le piquant...
Justement alors qu'est-ce qui vous a poussé à remettre les gants ?
Il y a deux raisons à cela. J'ai arrêté trop tôt (ndlr, il avait 31 ans). Je ne suis pas allé au bout de la chose. Et mon objectif, c'est de retrouver celui qui m'a vaincu, le Thailandais, Sithchatchawal. J'ai perdu contre lui et je veux l'affronter de nouveau pour le battre et laver mon honneur. La boxe c'est une question d'honneur. Je veux montrer que cette défaite était un accident. C'est une affaire personnelle. J'ai d'ailleurs intitulé mon retour « Pour l'honneur » Et la deuxième raison, c'est que je souhaite me lancer dans la promotion et l'organisation de réunions de boxe.
« Je suis crédible auprès des collectivités et des chefs d'entreprises »
Pensez-vous que vous avez les compétences ?
J'ai déjà une expérience du métier car sur mes derniers combats au Futuroscope à Poitiers, j'étais partie prenante dans l'organisation. Je m'étais occupé de la totalité du montage financier. De toute façon, j'ai une certaine crédibilité auprès des collectivités et des chefs d'entreprises. Ils savent qu'ils peuvent me faire confiance et que « Monshipour» ne va pas laisser une grosse ardoise à la fin de la réunion. Grâce à mon poste de directeur adjoint des sports au conseil général de la Vienne, j'ai l'habitude de négocier et de monter des dossiers.
Revenons à votre désir de devenir promoteur. Vous avez rencontré Jean-Marc Mormeck il y a quelques semaines...
C'était juste une rencontre de deux heures dans un hôtel parisien. Il n'y a rien de décidé. On a confronté nos points de vue mais pour l'instant, nous n'avons pas la même manière de travailler. Pour moi, le contrat ne suffit pas, il faut également la confiance. Je dois sentir la personne. C'était bien de se rencontrer.
« En France, c'est difficile de monter des réunions »
Et la réunion de Poitiers, elle a été difficile à monter ?
Nous allons organiser cette réunion dans une salle de 3000 places. Je suis content et étonné car 2500 places sont parties en deux heures et demi. Les 500 autres places sont des places VIP, mais elles sont aussi bien vendues. Une réunion comme celle-là coûte 200 000 euros. Tout le problème a été de trouver des recettes. Elles proviennent des partenaires privés, des collectivités locales et la billetterie. Et on a mis une billetterie raisonnable avec des places à 15 euros. Mais en France, il n'y a pas beaucoup d'argent dans la boxe et les gens ont un faible niveau de vie. Je suis allé en Angleterre au mois de septembre pour le championnat d'Europe des super-coq entre l'Anglais Rendall Munroe et l'Arménien Arsen Martirosian et cela n'a rien à voir. Là-bas, il y a une telle ferveur et puis le public répond toujours présent. Ils font de l'argent avec des produits dérivés, avec des buvettes installées dans les réunions. Les boxeurs sont starifiés. C'est un autre monde.
Mais cela vous prend du temps de monter une réunion comme celle-là. Arrivez-vous à concilier cette activité avec vos entraînements ?
Je délègue beaucoup. J'ai un assistant, Amaury Auzou, en qui j'ai entièrement confiance. Il est jeune et plein d'avenir.
J'ai entendu que vous aviez l'intention de doubler les bourses des boxeurs.
C'est vrai. Dans des réunions comme celle-là, les boxeurs sont encore trop mal payés. Habituellement, ils touchent 500 euros. Lorsque vous leur enlevez les frais d'entraînements et de préparation, ils n'ont plus rien. C'est scandaleux. J'ai donc décidé de doubler leur bourse. Ils percevront entre 1000 et 1200 euros.
Pour monter des réunions, il faut trouver des boxeurs crédibles.
Justement, j'ai l'intention de faire revenir régulièrement, la boxeuse Aziza Oubaita et les trois autres boxeurs, Daniel Kodjo, l'Arménien Arsen Martisosian et Nordine Boussekin. Après on verra, c'est une question d'argent. Comme je dis souvent, si un cheikh des Emirats mets 5 millions d'Euros sur la table, vous pouvez faire boxer Tyson devant 30 personnes, Tiozzo , Mormeck, Lewis etc...
On a parlé d'un Mormeck-Tiozzo ces dernières semaines...
(Il rigole) Pour organiser Mormeck-Tiozzo, il faut mettre 1,2 millions d'euros sur la table. Les deux boxeurs toucheraient 600 000 euros chacun. Qui est capable de faire cela en France ? La boxe c'est une question d'argent.
Parlons de votre adversaire. L'Italien Massimo Morra (35 ans, 19 victoires, 3 nuls, 4 défaites) a annulé et puis vous avez trouvé Emiliano Salvini (12 victoires, six défaites, un nul).
Je ne sais pas pourquoi il a annulé. Je ne comprends pas. Il a peut-être estimé que sa bourse n'était pas assez élevée. Mais heureusement que cela m'est arrivé une semaine avant le combat, j'ai pu trouver une solution de rechange. Et puis au cas où Emiliano Salvini ne viendrait pas, j'ai un troisième boxeur.
Après ce combat, avez-vous défini un calendrier ?
Après mon combat de lundi, il y en aura trois autres : le 24 janvier 2009 dans un lieu qui reste à déterminer, le 14 mars 2009 à Metz et en juin 2009 au Futuroscope. Si tout se passe bien, je souhaiterais un championnat du monde fin 2009.
Vous disposiez de plusieurs solutions de rechange. Craigniez-vous un sabotage de certaines personnes, notamment du clan Acariès, comme vous l'avez déclaré ?
(Enervé) Je n'ai jamais employé le terme de sabotage. C'est une invention des journalistes. Je prends juste mes précautions car je ne peux pas me permettre de ne pas avoir d'adversaires. J'ai donc trouvé Salvini.
Etes-vous toujours en contrat le promoteur Michel Acariès ?
Non. Je suis libre depuis plusieurs mois. On pourra peut-être retravailler...ou pas. J'ai beaucooup appris à son contact. La promotion, c'est un investissement et j'en suis à mes débuts. »